Le ventriloque Edgar Bergen (suĂ©dois d’origine) et sa poupĂ©e Charlie Mc Carthy Ă©taient des stars aux U. S.A. avant l’arrivĂ©e de la tĂ©lĂ©vision, grâce Ă une chaĂ®ne de radio oĂą ils avaient une Ă©mission rĂ©gulière (Ă laquelle collaboraient des cĂ©lĂ©britĂ©s comme W.C. Fields) qui battait les records de ce qu’on appelle actuellement "l’audimat".
Nous avons constituĂ© une liste d’une vingtaine de films aux gĂ©nĂ©riques desquels figuraient, en vedettes ou parmi les premiers rĂ´les, Bergen et Charly Mc Carthy (la poupĂ©e devenant, au fil des annĂ©es, plus cĂ©lèbre que son prĂ©sentateur). Le duo fut caricaturĂ© dans des dessins animĂ©s par Walt Disney ainsi que dans des bandes dessinĂ©es appelĂ©es "Dirty Comics" ou (Eight Pages) vendues clandestinement dans les annĂ©es 30 aux USA et montrant des vedettes de cinĂ©ma dans des situations pornographiques.
L’Espagne eut une très belle ventriloque, Rosy Baron, avec son petit clown triste, dĂ©gageant une vĂ©ritable Ă©motion. La Grande Bretagne connut Neville King (qui utilisait un mannequin reprĂ©sentant un vieillard très drĂ´le qui glissait sans arrĂŞt du genou du prĂ©sentateur), et Ron Lucas qui avait sa propre Ă©mission Ă la tĂ©lĂ© anglaise avec, parmi ses poupĂ©es, un affreux dragon lubrique d’un comique irrĂ©sistible.
Suisse fut une pĂ©pinière d’excellents ventriloques avec Jean de Merry qui remporta un premier prix international au congrès de 1952, Daniel RĂ©my, Dick Berny et enfin un des meilleurs ventriloques du monde (sinon le meilleur) Fred Roby. Ce fabuleux artiste possède une technique qui l’aurait conduit au bĂ»cher il y a quelques siècles. Sa petite indienne, qui a un faible pour le whisky, est irrĂ©sistible de drĂ´lerie ainsi que les intempestives apparitions d’un perroquet tĂ©lĂ©commandĂ©. Fred Roby, tandis que sa poupĂ©e chante, se permet de boire, fumer, souffler des bougies et jouer de l’harmonica. Il a atteint les sommets du genre.
Il y eut, en Belgique, Monarque qui fit une carrière internationale et "tourna" beaucoup en Afrique. Il donnait la parole Ă des poupĂ©es qu’il fabriquait devant les spectateurs ; avec des dĂ©coupages de papier. Son compatriote Michel Dejeneffe anime l’insolent Tatayet, personnage en fourrure, qui se permet d’interviewer Ă la tĂ©1Ă© 1es grands dĂ©cideurs politiques.
les meilleurs ventriloques, il convient de citer l’allemand Georges Schlick, un numĂ©ro qui tient du prodige et dont la perfection fait oublier toute technique. Son dialogue avec une grenouille particulièrement expressive est interrompu par les Ă©ructations comiques d’un heaume (casque d’armure du moyen-âge). La participation d’un spectateur et d’une spectatrice, Ă qui il fait dire ce qu’il veut Ă leur insu, est irrĂ©sistible. En final il roule sa veste, doublĂ©e de tissu rose, puis la berce alors qu’elle pleure comme un nouveau nĂ©.
Après la dernière guerre, le meilleur ventriloque français fut Roger Perrin (Ă©galement merveilleux cartomane) qui terminait son numĂ©ro en fumant une cigarette. James Hodges est un artiste contemporain aux talents multiples. Nous l’avons vu, lors d’un congrès, faire rĂ©ellement "parler son estomac". Montant sur une chaise, il dĂ©couvrait son torse en ouvrant sa chemise, dessinait une bouche de femme avec du rouge Ă lèvres. Son estomac Ă©tant au niveau du micro il animait la bouche dessinĂ©e en pinçant sa peau avec les doigts. Celle-ci se mettait Ă parler et un surprenant dialogue s’Ă©tablissait entre Hodges et son estomac. La France eut Ă©galement Robert Lamouret qui fit carrière aux USA (il avait dĂ©butĂ© comme chanteur au bar du Concert Mayol). Son canard le rasait tandis qu’il chantait l’air du Barbier de SĂ©ville.
Jacques Courtois, qui avait dĂ©butĂ© comme illusionniste, fut sans doute le ventriloque français le plus connu grâce Ă sa participation rĂ©gulière Ă la tĂ©lĂ©vision aux Ă©missions de Jean Nohain. Il devint par la suite, producteur de ses propres Ă©missions TV. Parmi les personnages qu’il crĂ©a, Omer fut sans doute le plus cĂ©lèbre (Jacques Courtois l’emmenait avec lui au restaurant et lui faisait prĂ©voir un couvert.) Ce ventriloque, pour se distinguer des autres, fumait la pipe durant son numĂ©ro. Il avait par la suite donnĂ© naissance Ă d’autres personnages dont Catherine, une fillette qui, en chantant, perdait bien innocemment sa petite culotte devant les camĂ©ras. Jacques Courtois disparut, au fait de sa popularitĂ©, pour aller vivre comme Robinson CrusoĂ« sur une Ă®le de l’ocĂ©an indien qu’il avait achetĂ©e, se nourrissant de fruits et de poissons. Il a, depuis, revendu son Ă®le au club MĂ©diterranĂ©e et nous l’avons retrouvĂ©, par correspondance, en ThaĂŻlande.
Français Ă©galement, Bob Bellamy, fit carrière aux USA avec de multiples personnages dont un kangourou femelle, aussi grand que lui. De sa poche ventrale sortait un singe facĂ©tieux. Il eut Ă©galement l’idĂ©e, bien avant "Jurassic Park" d’utiliser comme partenaire un dinosaure comique.
Nous terminerons avec Marc Métral qui se plaça tout en haut du hit-parades des ventriloques avec une série de créations. Parmi celles-ci, citons son numéro avec un chien vivant qui parle (procédé totalement différent de Prelle, cité dans la première partie de cet article) et qui reste une attraction fascinante et unique.
